Latifa Saadi : le visage de la danse orientale à Saint-Denis de La Réunion (974)

Etre danseuse orientale conduit à de précieuses conquêtes intimes

« Etre danseuse orientale conduit à de précieuses conquêtes intimes »

Les halos des lampes torches semblent flotter, comme suspendus dans le noir épais. Latifa est abasourdie et immobile. Elle devine dans les ténèbres, sous la cabine de la régie, le mouvement des derniers spectateurs qui sont invités par le service de sécurité à quitter la salle. « Brusque coupure de courant. » Voilà ce à quoi nul ne pense et qui menace « le travail artistique d’une année de tant d’efforts. » Et puis….la lumière revient ! 😉

Les spectateurs « sans attendre l’ordre du personnel » se ruent vers leurs places encore tièdes, sympathisent, se décalent d’un rang quand ils se sont trompés de sièges. Ils rient, sont impatients que le gala recommence. Jusqu’à l’évacuation de la salle, ils ont cru à une mise en scène. Dans les coulisses, les élèves reprennent le dessus. A la régie, Latifa a remis son casque mais ses larmes coulent encore. « Cela reste le souvenir le plus désagréable et stressant de toute ma carrière. »

"Aujourd'hui, la femme a plus que jamais besoin de se réconcilier avec son féminin"

« Aujourd’hui, la femme a plus que jamais besoin de se réconcilier avec son féminin »

Pourtant, Latifa sait affronter « le trac, la peur de se tromper, de ne pas être à la hauteur. » A La Réunion, n’a-t-elle pas été la première à porter sur la scène d’un théâtre la danse orientale « méconnue sur [son] île » ? Toutes les conditions techniques et artistiques sont réunies « pour optimiser [cette première] représentation. » Il n’empêche, la pression est intense. Mais elle est balayée « comme par enchantement […] pour laisser place à l’euphorie, l’extase, au bonheur d’être là sur scène face à un public qui, en plus, vous applaudit. »

Depuis, la danse orientale l’a comblée. Il y a, bien sûr, « la standing ovation […] de 900 personnes à la fin de [son] spectacle Oriental Fusion [qui] reste un souvenir inoubliable, gravé à jamais. » Mais les grâces que la danse orientale a apportées dans sa vie s’étendent au-delà de la reconnaissance publique. Car pour Latifa, être danseuse orientale conduit à de précieuses conquêtes intimes. Elle évoque « le bien-être et la force » que cette discipline lui procure. Plus encore, elle est un guide vers sa « propre intériorité » et lui permet « d’accepter avec un amour profond [son] corps et d’exulter [sa] féminité au grand jour. »

"Exulter sa féminité au grand jour"

« Exulter sa féminité au grand jour »

A présent, elle souhaite réfléchir en profondeur sur les aspects thérapeutiques de cette gestuelle.  Elle sait que la danse orientale soigne et rétablit l’identité féminine détruite autant par les diktats d’une certaine pensée ‘moderne’, que par les canons de la société de consommation : « Aujourd’hui, la femme a plus que jamais besoin de se réconcilier avec son féminin, de retrouver le sens sacré de cet équilibre yin et yang. Elle retrouve au travers de cette danse ce chemin initiatique qui la mène au plus profond d’elle-même à la rencontre de son être et de son acceptation. »

Sensuelle, intelligente et spirituelle, il semble que ces mots de Maurice Béjart aient été prononcés pour elle : « J’ai toujours pensé que la danse était liée à la divinité, que le sacré se mêlait au mouvement de la danse. [La danse] est un univers transcendant qui fait appel au subconscient, je dirais même aux forces occultes.»

Cet horizon où le corps, l'esprit et l'âme ne font plus qu'un.

« Cet horizon où le corps, l’esprit et l’âme ne font plus qu’un »

Cet horizon où le corps, l’esprit et l’âme ne font plus qu’un, Latifa ne l’a pas tout de suite distingué. Certes, elle connaît la danse orientale depuis l’enfance, notamment grâce aux films égyptiens que sa « mère adorait regarder. » Etudiante, elle prend quelques cours « par-ci par-là sans vraiment être assidue. » Mais, à cette époque, elle est passionnée de rythmes afro-brésiliens et de samba, et s’implique totalement dans cette danse.

C’est une copine qui dirige un centre de danse et de fitness qui est ‘l’instrument’ du destin. Elle sollicite Latifa pour animer un cours d’initiation à la danse orientale. Latifa refuse « de suite la proposition […] Elle a insisté me demandant de lui rendre ce service. Bien sûr, j’ai accepté, et cela fut un succès auquel je ne m’attendais absolument pas. J’ai adoré faire ça !!! » Depuis, Latifa est heureuse quand elle met des « étincelles de bonheur » dans les regards de ses élèves. 🙂

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2 réponses à Latifa Saadi : le visage de la danse orientale à Saint-Denis de La Réunion (974)

  1. Chriss dit :

    Retrouver sa féminité, ou la découvrir enfin et la faire partager, le sourire aux lèvres et les yeux brillants, c’est juste le bonheur

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