Nina : le visage de la danse orientale à Château-Thierry (02)

'...culture du solo féminin et de la célébration.'

‘…l’esprit libre de la danse orientale.’

Les passants de la rue Mouffetard ressentent une impression d’étrangeté, quand ils croisent  cette jeune femme brune qui danse dans la rue.  Sa sébile est une boite en métal, sa musique est jouée par un lecteur CD à piles. Mais au-delà de ces contingences matérielles, c’est l’esprit millénaire de la danse orientale qui s’incarne sur le bitume. Présence ensorcelante de la femme venue d’ailleurs qui entraîne la ville à suspendre le temps pour l’admirer.

C’est parce que ses ‘poches étaient vides’ que Nina prend son ‘courage à deux mains’ et marche dans les pas des ghawazi. Elle garde ‘un très bon souvenir, le regard des enfants, les rencontres et les discussions avec les passants…’  Nina transforme ainsi l’essai : car c’est sa première fois en danse orientale devant un public 😉 .

Cette authenticité, qui caractérise la relation de Nina avec la danse orientale, est fondée sur le constat que cette danse est ‘sans fondement académique.’ Initialement formée au contemporain, au jazz et au classique, Nina prend ‘beaucoup de plaisir à apprendre cette gestuelle et cette danse populaire’ qui propose un ‘autre regard sur le corps de la femme, trop souvent androgyne dans les disciplines chorégraphiques occidentales.’ D’abord étrangère à cette culture du solo féminin et de la célébration, elle en saisit ensuite l’essence et l’infini de ses possibilités : ‘ une belle leçon de l’orient.’

Il faut dire que ‘le destin’ favorise Nina. Elle rencontre un joueur de ney qui travaille avec l’un des maîtres du Mevlevi traditionnel, savoir Kudsi Erguner.  Au départ, Nina veut apprendre la technique et l’art des derviches tourneurs, d’où ce premier contact avec la musique soufie. Il s’avère que ce musicien donne également des cours de training corporel et de danse tunisienne auxquels assistent des professeures de danse orientale. De fil en aiguille, une professeure invite Nina à participer à ses cours, puis à faire partie de sa troupe ! ‘La force du destin’ aurait dit Verdi 😉 !

Ce cheminement la conduit en Belgique où elle cueille son plus beau souvenir : ‘Lors d’un festival […] où nous déambulions, une spectatrice en fauteuil roulant me regardait l’œil pétillant, je me suis approchée d’elle pour la faire danser avec ses bras, je n’oublierai jamais son sourire.’

Sourire qui incarne tout l’émerveillement qu’apporte la danse quand elle apparaît là où elle n’est pas attendue. Sa magie en est décuplée. L’immense mérite de la danse orientale est de survivre sans être attachée à aucune institution. C’est pourquoi sa diffusion est si complexe. Les circuits actuels ne sont pas toujours réceptifs à cette discipline qui questionne leurs codes. Nina a un projet qu’elle présente à plusieurs maisons de production. Souvent, elle ne reçoit pas même une réponse. Elle salue donc ‘Jamel Debouze et son équipe, qui lui au moins, m’a envoyé une réponse !’

L’attente ne lui fait pas perdre son humour. Quand son soutien-gorge lâche lors d’une représentation, elle conclue ‘…heureusement pas toutes les agrafes à la fois, j’ai sauvé mon honneur !’ 😉

Quand le temps approche de quitter le chemin de Nina pour poursuivre celui du tour de France de la danse orientale, Nina me salue d’un ‘Bonne route à  toi Sophia !’ Et moi, j’espère que je croiserai à nouveau le chemin de celle qui incarne si justement l’esprit libre de la danse orientale.

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Une réponse à Nina : le visage de la danse orientale à Château-Thierry (02)

  1. rita dit :

    Très beau portrait…..
    Et danser la rue avec un lecteur cd…. Ca me rappelle des souvenirs d’une certaine Esmeralda

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