Sahteen : le visage de la danse orientale à Chaumont (52)

Chacune peut danser cette danse et se sentir belle

« Chacune peut danser cette danse et se sentir belle »

1475 : une bulle de Sixte IV décrète que chaque fois que la Saint-Jean-Baptiste tombe un dimanche, ceux et celles qui se rendent à la Collégiale Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, pour s’y confesser et communier, bénéficient d’une indulgence plénière. Cela jusqu’à la fin des temps. Le Grand Pardon est né.

2012 : par vagues irrégulières, la place se noircit de monde. Au fond, la façade du bâtiment, qui va être animée par un savant graphisme de sons et lumières dès la nuit tombée,  présente l’aspect tranquille des architectures de palais de province. Beaucoup moins tranquilles, les trois danseuses qui se préparent à entrer en scène. « Nous n’avions jamais pu tester le numéro grandeur nature… Nous n’avions jamais dansé devant autant de monde. Bref, autant de circonstances qui ne nous laissaient que peu de sérénité. »

L'accueil fut phénoménal

« L’accueil fut phénoménal »

Et l’accueil «fut phénoménal.» Pourtant, le pari n’est pas gagné quand les organisateurs de la fête du Grand Pardon demandent à Sahteen « de monter une chorégraphie qui devait s’intégrer dans un sons et lumières phénoménal monté par […] de grands professionnels spécialistes de ce genre de spectacles. Il fallait intégrer une dimension humaine et vivante à un spectacle déjà quasiment monté.» Sahteen doit respecter le thème de la vie de Saint-Jean-Baptiste, mais elle est libre du choix de la musique. Elle opte pour des musiques modernes, et chorégraphie une danse de Salomé pour trois danseuses, place dans cet ensemble voiles et ailes d’Isis, pour créer un visuel efficace, pouvant être vu par des milliers de spectateurs. « Faire partie d’une machine aussi grandiose, et être reconnue et félicitée par de grands professionnels du spectacle fut pour moi un pur moment de bonheur.» Rendez-vous est déjà pris pour 2018.

Il faut dire que relever les défis est une seconde nature chez Sahteen. D’abord, pour trouver des salles où organiser des cours dans sa ville « c’est très dur parce qu’il y a peu de salles de danse allouées par la Mairie pour beaucoup d’associations, et aucune école privée qui pourrait proposer des créneaux de cours.»

Ensuite, pour « redonner ses lettres de noblesse à une danse trop souvent confondue avec quelque chose de malsain […] Mais dans ma région, pour faire évoluer les mentalités, c’est long !!! » Elle s’appuie pour cela sur la sororité avec les danseuses qui ont le même objectif, ainsi que sur les initiatives de la Fédération Française des Danses Orientales.

Enfin, pour « faire voir à toutes les femmes que chacune peut danser cette danse, quel que soit son âge, son niveau de danse, son embonpoint…et se sentir belle, et se voir belle dans la glace.» Car, l’expérience de Sahteen lui prouve que « la danse orientale fait du bien. J’ai pu voir, à diverses occasions, des élèves arriver chez moi complètement complexées, se trouvant trop rondes, bref, ne s’aimant pas […] bon nombre se sont accrochées, certaines se sont même acheté des costumes, et ont fini par se trouver belles dans la glace ! » Et de conclure, en révélant une implication personnelle sans faille pour ses élèves : « Mon but est atteint à ce moment-là.»

Battante et généreuse, Sahteen « ne désespère » jamais. Pas même quand le fruit de son travail est gâché par les conditions météo et l’incompréhension du public. C’est le cas lorsque, dans le cadre de Journées 1900, elle propose une chorégraphie « un peu tzigane […] Je devais travailler avec un voile, et avec le vent, dehors, ce fut la grosse cata.» 😉 De plus « les gens n’étaient pas là pour voir de l’oriental, la plupart ne savaient même pas que ça existait ! » Ce qui prouve que le combat de Sahteen pour faire connaître la danse orientale, son histoire, sa présence en occident, et son développement, est légitime et nécessaire. Mais sans doute parfois difficile. Néanmoins, elle rebondit « mais bon, c’était une choré très dure à monter et j’étais déjà contente d’avoir monté ce numéro ; les autres filles du groupe, au moins, adoraient, c’était déjà ça ! » 😉

Attirance et hasard conduisent Sahteen aux danses orientales

« Attirance et hasard conduisent Sahteen aux danses orientales »

Quelle est la source de cette passion inaltérable ? Le hasard et l’attirance. Le hasard, parce que l’école de danse classique, que Sahteen fréquente depuis ses six ans, ouvre ses portes à un cours de danse orientale. L’attirance, parce qu’elle a « toujours aimé les rythmes de percussions et les mélopées orientales » et qu’elle a « eu envie d’essayer, pour voir, un peu avec dans l’esprit le côté glamour, paillettes, beaux costumes et la séduction d’un monde inconnu et un peu mystérieux.»

Immédiatement, elle se sent « dans [son] élément » et progresse rapidement. Elle part « en stage à droite et à gauche » pour approfondir ses connaissances et « aller beaucoup plus loin.» C’est ce qui la conduit, avec d’autres élèves du cours de danse orientale, à créer l’association Showmont sur Scène dont l’objet est la création de spectacles de cabaret et de spectacles de danse orientale, ainsi que l’organisation de cours. C’est dans le cadre de cette association que Sahteen enseigne.

Que de chemin parcouru depuis la première apparition de la danse orientale sur la scène chaumontaise ! Sahteen se souvient « la danse orientale n’avait jamais été présentée au public. […] l’accueil de notre numéro de danse orientale fut ébouriffant, les gens, surpris, étaient debout ! En plus, toutes les petites étaient épatées par les costumes, c’était chouette ! » 🙂 

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