La danse orientale vue par Colette

girl dancing belly danceNée en Bourgogne en 1873, Colette est une femme de lettres, une romancière et une journaliste. Encore très jeune, elle épouse Willy, et part à Paris où elle côtoie le monde des arts et des lettres, ainsi que les cercles mondains. Elle devient le nègre* de son mari, puis le quitte, et gagne sa vie au music-hall, où elle présente, notamment, un numéro de pantomime orientale. Sa rencontre – et son mariage – avec Henri de Jouvenel lui ouvre les portes du journalisme, où elle excelle à décrire la vie sous toutes ses formes, dans un style ciselé au service de son art de l’observation.

Dans « Prisons et paradis » qui rassemble des textes écrits entre 1912 et 1932, Colette évoque une danseuse, qui lui est présentée comme une Ouled-Naïl durant un voyage en Algérie. Elle ne manque pas de saisir avec sagacité et justesse les éléments invisibles du rapport de force  entre les clients et la danseuse. Elle donne aussi une réalité à la femme décrite dans son quotidien, et ne se limite pas à l’image de la danseuse.

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La danse orientale vue par Willy

"Charles Atamian"
« Charles Atamian »

Henri Gauthier-Villars dit Willy (1859/1931) est un journaliste, un critique musical et un romancier français. Médiocre écrivain, il a souvent recours aux services d’auteurs plus talentueux, mais  anonymes, dont il signe les textes. Le plus célèbre de ces auteurs est son épouse Colette.

Willy est un des hommes les plus en vue du Tout-Paris des arts et des lettres.  Le personnage est en phase avec le goût et la mentalité de son époque, coloniale et industrielle, où beaucoup considèrent les danses du Moyen-Orient et du Maghreb comme l’occasion de profiter de l’exposition de la sensualité féminine.

Au contraire, Willy accorde à ces danses une qualité artistique. Il ne prend pas pour prétexte la dimension érotique de la danse orientale pour la rabaisser, et considère cet aspect de la gestuelle comme son mérite.  Il la décrit en termes techniques, et insiste sur le travail d’interprète de la danseuse. Son regard est d’autant plus intéressant que, de nos jours, ces éléments constitutifs et essentiels de la danse orientale ne sont pas encore généralement admis. De plus, il constate que les danseuses, à force de chercher à divertir, se cantonnent à un premier degré, excitant, mais frelaté. Son constat  est d’une troublante actualité. Continuer la lecture de « La danse orientale vue par Willy »

La danse orientale vue par Rodolphe Darzens

 

"C’est dans les expositions universelles que les danses dites exotiques ont fait leur apparition en Europe."
« C’est dans les expositions universelles que les danses dites exotiques ont fait leur apparition en Europe. »

Journaliste, poète et grand admirateur de Rimbaud dont il entreprit de reconstituer la vie et de rassembler les écrits à une époque où Rimbaud n’était pas encore à la mode, Rodolphe Darzens assiste, en 1889, à une représentation de danse orientale. Il est alors l’un des nombreux visiteurs de l’exposition universelle de Paris. A cette occasion, une rue du Caire est reconstituée, au fond de laquelle un café égyptien est aménagé. C’est dans ce contexte marqué par une vision orientaliste et mercantile de la culture égyptienne que les européens découvrent la danse orientale, alors appelée couramment danse du ventre.

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La danse orientale vue par Gérard de Nerval

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Début janvier 1843, Gérard de Nerval embarque pour le Caire.  Le « Voyage en Orient » présenté comme racontant ses impressions et ses expériences rapportées du Moyen-Orient, contient également des emprunts à d’autres auteurs qui l’ont précédé sur ces terres.

Toutefois, Nerval assiste personnellement à des danses orientales alors qu’il se trouve dans un café du Caire.  Ces danses sont exécutées par des hommes, puisque, depuis 1834, le décret de Méhémet Ali interdit aux artistes féminines et aux prostituées d’exercer en public au Caire. Cette interdiction vise à marginaliser ces professions qui, avant cela, étaient intégrées à la vie cairote.

Méhémet Ali accède au pouvoir en 1805 et met fin au pouvoir des beys mamelouk avec le soutien des oulémas. Il souhaite augmenter les ressources de l’Egypte pour renforcer l’indépendance du pays. De nouvelles taxes sont établies, notamment sur les danseuses. Or, les religieux sont opposés à «ces impôts sur le vice.» Ils condamnent le fait que des musulmanes se produisent devant des «infidèles», et font valoir que l’argent issu des taxes appliquées à cette activité est impur, et ne peut servir à payer les salaires de fonctionnaires.

Par ailleurs, Méhémet Ali souhaite moderniser l’Egypte, et il ne veut pas que son pays soit assimilé à l’image sensuelle des danseuses et des prostituées. Dès lors, il renonce aux profits générés par les impôts sur ces professions, et décrète leur interdiction.

Nerval est un voyageur humaniste, qui ne recherche pas le pittoresque, et partage la vie quotidienne des gens du pays. Il se laisse rarement aller à un sentiment de supériorité, et fait généralement preuve d’empathie et d’imagination.  Sa vision de l’orient est subtile et généreuse.

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La danse orientale vue par Gustave Flaubert

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Quand Flaubert séjourne en Egypte (1850/1851), les danseuses ont été  bannies du Caire en application de l’édit de Méhémet Ali. Elles exercent principalement à Esneh, Louxor et Kénèh. La profession connait des mutations sous la pression de désordres politiques et l’arrivée croissante des occidentaux.

Au Caire, les danseurs masculins occupent la place laissée vacante.

Le nom « almée » ne désigne plus une artiste savante et distinguée, dansant seulement pour les femmes, mais une artiste qui se prostitue à de riches clients, principalement étrangers. Toutefois, les almées demeurent des danseuses et des chanteuses de premier ordre. En 1829, l’érudit égyptien Tahtâwî compare leur instruction et leur éloquence à celles des comédiennes parisiennes. Cependant, il ajoute que la morale des almées est nettement plus relâchée.

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