« Celle qui rejoint les chairs du dieu », les épouses du dieu Amon dans la Troisième Période intermédiaire à Thèbes

Détail d’une statue de Karomâmâ, épouse du dieu Amon – Crédit photo : Somogy/Editions d’art/Musée de Grenoble

Plonger dans l’histoire de l’Egype antique, c’est embrasser trois millénaires au cours desquels se succèdent périodes de chaos et de stabilité, divisions et unifications du vaste territoire qui borde le Nil. De plus, les cosmogonies varient selon les dates et les lieux, elles se complètent, se copient, s’unissent.

Autant dire que cela demande aux indigènes des pâles monothéismes que nous sommes un esprit grand ouvert et un effort d’imagination soutenu.

Le roi d’Egypte, appelé pharaon à partir du premier millénaire avant J.-C., reçoit des dieux la totalité de la propriété de la terre, à charge pour lui d’en assurer l’ordre et la prospérité contre les forces du chaos qui les menacent chaque jour. A cette fin, il est le seul à être autorisé à faire face aux dieux et à procéder aux rituels quotidiens.

En pratique, ne possédant pas le don d’ubiquité, ce sont les prêtres les plus hauts placés dans la hiérarchie du clergé qui accomplissent ces rituels.

Au fil des siècles, un dieu en particulier est associé à la souveraineté du roi : Amon, Imen en égyptien, de Thèbes.

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Un bouquet de baisers

« Le Journal de Bridget Jones »

A l’époque où le coït, sous toutes ses formes, fait sa réclame dans la production commerciale, et qu’il est difficile d’échapper à la leçon de choses, qualifiée de scène d’amour, dans les films et les séries, l’art et la culture du baiser sont considérés comme insignifiants, voire ignorés.

Pour les âmes épaisses, il est un préliminaire convenu et mineur. Pour les initiés, il est un Graal.

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« Tout peut arriver » de Nancy Meyers. Amour et création au féminin.

Le film aura 20 ans l’année prochaine. Il demeure une pièce de grand joailler pour tous ceux et toutes celles qui apprécient les caractères complexes, les dialogues ciselés, les sentiments paroxysmiques exprimés avec délicatesse, et les occasions manquées qui se représentent parfois…

La production artistique est partie prenante dans l’endoctrinement des peuples. C’est pourquoi les studios ne voulaient pas de cette histoire d’amour qui dément la doxa au service de la reproduction des êtres et des modèles, à savoir, que l’amour est une affaire de jeunes aux hormones fringantes.

Mais Nancy Meyers, expérimentée et déterminée, est parvenue à produire et tourner ce film dont elle a écrit le scénario. Mondialement, ce sera son plus grand succès après « Ce que veulent les femmes. »

Elle, Erica Barry (interprétée par la très chic et très irréprochable Diane Keaton), auteur renommée de pièces de théâtre à Broadway, cinquantenaire, divorcée, littéraire, francophile, élégante par nature, très Côte Est, est en mal d’inspiration.

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Prêtresses en Mésopotamie

Crédit photo : Patrice Bucher

En Mésopotamie, région entre les fleuves Tigre et Euphrate, principalement sur le territoire de l’actuel Irak, les femmes assument de hautes fonctions religieuses.

Les civilisations qui s’ajoutent et se succèdent sur ce territoire sont marquées par un haut degré de raffinement, qui se manifeste, notamment, par l’invention de l’écriture cunéiforme à Uruk en 3300 avant JC.

Les temples sont les demeures des dieux qui vivent sur terre. Les satisfaire est le destin de l’humanité. Les temples sont des centres économiques et administratifs. Des actes juridiques y sont rédigés et conservés, les surplus de la production agricole, améliorée par les nouvelles techniques d’irrigation, y sont conservés, comptabilisés, distribués, des animaux de rente y sont abattus, des étoffes y sont tissées, des prêts y sont accordés…

Toutes ces tâches emploient des hommes libres maîtrisant des savoir faire et des esclaves.

Aux membres des classes privilégiées les hautes fonctions religieuses qui permettent l’accès au saint des saints, le Naos, le lieu le plus reculé où vit le dieu. Lieu dont l’entrée est absolument interdite au commun des mortels.

Car au contraire des cultes monothéistes, les rituels ne sont pas publics. Ils se déroulent rien que pour les yeux des différentes catégories de prêtres qui officient dans l’intimité des dieux qu’ils réveillent, lavent, habillent, nourrissent et, parfois, réjouissent de leurs orgies.

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Madame de Tourvel, l’incandescente

Meg Tilly

L’été se prête à la lecture de polars et de romans de plage insipides. Si tu es tentée par une expérience plus intense, « Les Liaisons dangereuses » pourraient te plaire.

C’est une histoire de manipulation. Et d’une femme amoureuse qui en meurt. Sujet intemporel s’il en est.

« Les Liaisons dangereuses », roman épistolaire publié en 1779 par Choderlos de Laclos est, selon moi, un chef d’oeuvre inégalé.

Notre époque inculte aime voir dans Cécile de Volanges une victime et dans la Marquise de Merteuil une précurseur de l’égalité entre les sexes.

La vérité est que Cécile est vulnérable parce qu’elle est naturellement dépourvue de tout frein à son désir de satisfactions immédiates. Quant à la Marquise, elle explique clairement dans la lettre 81, que ce qui lui importe est de ne pas perdre, à défaut de gagner. Cela fait d’elle un outil parfait de domination brutale. De nos jours, la première pourrait être influenceuse, la seconde membre du conseil d’administration d’une multinationale.

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