Le Destin, de Youssef Chahine

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Youssef Chahine est reconnu mondialement comme l’un des plus grands cinéastes. Né en 1926 dans la très cosmopolite Alexandrie, il fait ses études secondaires en anglais et part en 1947 à Los Angeles pour étudier le cinéma. Trois ans plus tard, il revient en Egypte et tourne le premier de ses 40 films et documentaires.

Cultivé, ouvert d’esprit, il combat toute sa vie le fanatisme, la censure, et la corruption du pouvoir, ce qui lui vaut un séjour en prison en 1984. Il aspire à une société cosmopolite, fondée sur la connaissance et le partage. « Le Destin » est un conte inspiré par la vie d’Averroès, où sont réunis les éléments de cet idéal et ceux issus de son expérience de la montée de l’intégrisme.

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Tahia Carioca : Indépendance et Conformisme

"Life Magazine 1942"
« Life Magazine 1942 »

En 1937, quand la troupe du Casino Badia part en tournée estivale dans la Haute-Egypte, elle compte dans ses membres une jeune danseuse au style irrésistible : Tahia Carioca.

La jeune femme est arrivée au Caire quelques années auparavant. Elle a fui un environnement familial conventionnel, farouchement opposé à son désir de devenir danseuse. Elle prend des cours à l’Ecole de danse orientale Ivanova. Puis elle est engagée par Badia Masabni pour danser dans son Casino (le terme « cabaret » désignant des établissements de bas-étage) où se retrouvent les membres de l’administration coloniale et ceux de l’aristocratie orientale. Continuer la lecture de « Tahia Carioca : Indépendance et Conformisme »

Aux origines de la danse des 7 voiles

« Inanna, déesse de la sexualité, de la guerre et des inversions. »

La danse des 7 voiles est un des fantasmes attachés à la danse orientale. Elle est parfois reliée à la danse exécutée par Salomé pour Hérodote Antipas afin d’obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste. Il s’agit en fait d’une modification judéo-chrétienne d’un mythe sumérien bien plus ancien, dont la protagoniste est la déesse Inanna, Ishtar en Akkadien.

L’action se situe en Mésopotamie, région qui s’étend entre les cours du Tigre et de l’Euphrate, jusqu’au golfe Persique. Actuellement, ce territoire de plaines et de collines se trouve en Iraq et au nord-est de la Syrie. Les hommes le peuplent depuis 12.000 ans avant notre ère, et au VIIIème millénaire avant JC, le mode de vie agricole y fait son apparition. L’emplacement d’un temple datant du VIème millénaire avant JC témoigne d’une vie religieuse.

Au nord, se trouvent les sémites, ou akkadiens, qui peuplent les cités-états de Babylone, Sippar, Kish, Opis, Akshak, Kouta et Akkad. Au sud, les non-sémites dits sumériens, avec Ourouk, Nippour, Larsa, Lagash, Eridou et Our. Les hégémonies d’une ville sur l’autre sont éphémères, jusqu’à ce que toutes soient réunies sous la domination de la cité-état d’Akkad où règne Sargon 1er, vers 2300 avant JC. Puis, à partir de 1785 avant JC, Hammourabi fonde l’Empire babylonien.

Akkadiens et sumériens admettent l’existence d’un grand nombre de dieux et de déesses. Chaque ville a le sien. Inanna/Ishtar est célébrée dans de nombreux temples,  et son culte domine celui des autres déesses mésopotamiennes. Elle est la déesse tutélaire de la ville d’Ourouk.

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Laylâ, ma raison

 

"La légende de Qays et Laylâ date du VIIème siècle."
« La légende de Qays et Laylâ date du VIIème siècle. »

La danse orientale est une discipline très ancienne. Reléguée en marge des sociétés monothéistes, son esprit a survécu, et sa technique a évoluée au fil des contextes socioculturels qu’elle a traversés.

La légende de Qays et Laylâ fait partie de l’environnement artistique de la danse orientale. Elle date du VIIème siècle, et a été adaptée pour le cinéma, en 1989, par le metteur en scène tunisien Taïeb Louhichi.

Qays et Laylâ  vivent dans un campement prospère, près d’une oasis, dans le désert d’Arabie. Leurs pères sont cousins. Qays est un jeune homme brillant, aussi doué pour l’action que pour les arts. Ses parents croient en lui, et l’envoient parcourir le monde. Quand il revient, il n’a qu’une idée en tête : chanter Leylâ, et l’amour qu’il lui porte, dans ses poèmes. Cela est strictement contraire aux codes qui régissent le campement. L’amour pour une femme ne se dit pas, et encore moins l’amour pour le corps d’une femme. Mais Qays refuse de considérer les vers d’amour comme des choses défendues et impures. Il se rebelle contre ces limites de l’intime qui sont imposées à son art. Quand le père de Laylâ rejette sa demande en mariage, il se met à errer dans le désert. Jusqu’à en devenir fou. Laylâ est mariée à un autre homme. Mais celui-ci est désespéré de ne pas la rendre heureuse. Il la ramène à sa famille, où elle meurt.

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Harems, mythe et réalité – Altan Gokalp

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Je poursuis mon voyage à travers les différents contextes socioculturels dans lesquels la danse orientale s’est développée et a été conservée.

Le harem est un concept universel. Dans les civilisations où il n’existe qu’à l’état de phantasme, il est rêvé comme un jardin voué aux plaisirs charnels, un lieu où la sensualité des femmes s’épanouit à l’abri des contingences matérielles afin de satisfaire les désirs de leur propriétaire. En résumé, rien de plus qu’une maison close réservée à l’usage d’un seul client.

Dans la réalité, les choses sont un peu différentes. La vocation du harem est d’assurer la descendance masculine de celui qui le possède. Quelle que soit la civilisation dans laquelle il est établi, quelle que soit la richesse de son propriétaire, la vie au harem est soumise à des lois et à une hiérarchie stricte qui permettent d’assurer sa fonction lignagère.

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