Laylâ, ma raison

 

"La légende de Qays et Laylâ date du VIIème siècle."
« La légende de Qays et Laylâ date du VIIème siècle. »

La danse orientale est une discipline très ancienne. Reléguée en marge des sociétés monothéistes, son esprit a survécu, et sa technique a évoluée au fil des contextes socioculturels qu’elle a traversés.

La légende de Qays et Laylâ fait partie de l’environnement artistique de la danse orientale. Elle date du VIIème siècle, et a été adaptée pour le cinéma, en 1989, par le metteur en scène tunisien Taïeb Louhichi.

Qays et Laylâ  vivent dans un campement prospère, près d’une oasis, dans le désert d’Arabie. Leurs pères sont cousins. Qays est un jeune homme brillant, aussi doué pour l’action que pour les arts. Ses parents croient en lui, et l’envoient parcourir le monde. Quand il revient, il n’a qu’une idée en tête : chanter Leylâ, et l’amour qu’il lui porte, dans ses poèmes. Cela est strictement contraire aux codes qui régissent le campement. L’amour pour une femme ne se dit pas, et encore moins l’amour pour le corps d’une femme. Mais Qays refuse de considérer les vers d’amour comme des choses défendues et impures. Il se rebelle contre ces limites de l’intime qui sont imposées à son art. Quand le père de Laylâ rejette sa demande en mariage, il se met à errer dans le désert. Jusqu’à en devenir fou. Laylâ est mariée à un autre homme. Mais celui-ci est désespéré de ne pas la rendre heureuse. Il la ramène à sa famille, où elle meurt.

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Séance photos

« Convoquer des états de corps, éveiller des émotions. »

Certaines des photos qui illustrent les billets de ce blog ont été prises par des spectateurs qui me les ont données. Je les aime beaucoup parce qu’elles témoignent d’un moment où un regard a rencontré ma danse.

La danse pose la question de ce que nous donnons à voir. Je n’aime pas les photos de danse orientale qui sont en fait des photos posées. Je ressens très clairement que la danse est absente, et que la danseuse a voulu donner une image d’elle, et non de la danse.

Photographier la danse est un vrai défi. Il faut derrière l’objectif une personne qui maîtrise la technique photographique, et qui possède également la sensibilité nécessaire pour transformer en image l’âme du mouvement.

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Gare centrale, de Youssef Chahine

« Kenaoui incarne l’une des vérités fondamentales de l’espèce humaine : l’amour terrestre n’est pas inconditionnel. »

Depuis qu’elle est arrivée en Europe, à l’occasion des expositions universelles du milieu du 19ème siècle, la danse orientale peine à se défaire de l’étiquette de danse exotique. Cette qualification serait exacte si le terme « exotique » désignait, comme sa racine grecque, ce qui est extérieur au locuteur, ce qui est étranger à son environnement. Mais tel n’est pas le cas, puisque l’adjectif « exotique » est plus souvent employé pour qualifier ce qui n’est pas occidental, ce qui est dépaysant, voire ce qui est barbare, archaïque et atemporel. Dès lors, il s’agit moins de marquer un éloignement entre les codes occidentaux et les codes de la danse orientale, que de lui appliquer un jugement de valeur, et de la cantonner dans un univers imaginaire et figé.

Pourtant, la danse orientale est vivante, elle est dansée par des femmes réelles (et non des déesses descendues sur terre pour trouver le bonheur dans les bras de prince conquérants mais gentils quand même … 😉  ) et elle évolue au fil des civilisations.

Le cinéma est un élément incontournable de la civilisation égyptienne du 20ème siècle, et les films témoignent de la société dans laquelle la danse orientale s’est transmise.

Considéré comme un des plus grands metteurs en scène mondiaux, à mon avis à très juste titre, Youssef Chahine tourne « Gare centrale » en 1958. Le film est très mal accueilli. Il rend compte des réalités quotidiennes et de leur contexte social, et aborde la question de la frustration affective.

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