Al-Mu’tadid bi-Ilâh, lumières et ombres d’Al-Andalus

La civilisation andalouse (711 -1492) est la première d’Europe. Son degrés de raffinement, son goût des sciences et des belles lettres, son art de vivre sont toujours absents des livres d’histoire des sociétés européennes.

En effet, il existe une volonté de gazer cet héritage éminemment brillant, fruit de la rencontre de peuples, dont les élites fréquentent les savoirs hérités de la Perse et de la Grèce antiques, de Rome et de Constantinople, et ce longtemps avant la Renaissance.

De surcroît, ces élites sont formées aux mathématiques, à l’astronomie, à la jurisprudence, à la poésie, à la musique, à l’agronomie, à la littérature, aux langues, à l’architecture et à la médecine. Si bien qu’elles incarnent au 8eme siècle ce qui sera appelé dix siècles plus tard « l’esprit encyclopédique ».

Amadeo Preziosi

Toutefois, le talon d’Achille d’Al-Andalus est le même que celui des empires Omeyyade puis Abbasside : la division. Cette faiblesse lamentable – mais ô combien humaine – conduit à de nombreuses guerres entre factions, qui, en 1492, aboutissent à la conquête définitive du territoire par les catholiques.

En 1031, la chute du Califat de Cordoue entraîne le morcellement du territoire en plusieurs émirats, des principautés appelées « taifas ».

Au commencement, elles bénéficient encore de la relative fragilité militaire des royaumes chrétiens. Ces derniers préfèrent leurs imposer le paiement de tributs, les « parias », en échange de leur inaction.

Peu stratégique, cet accommodement abonde les caisses des norrois et finance, à terme, la Reconquista.

Mais avant cela, les taifas rivalisent pour attirer à leurs cours les esprits les plus remarquables et distinguent les talents les plus accomplis. Tout en même temps, comme elles guerroient entre elles aux fins de conquêtes territoriales, elles financent de somptueuses constructions défensives. De telle sorte que cette période, pour être un chant du cygne, est à la source d’un foisonnement culturel et artistique d’ampleur.

paysage méditerranéen

Un joyau domine cette couronne : Séville. A la chute de Cordoue, le cadi Muhammad b. Ismâ’îl b. ‘Abbâd prend les rennes de la ville. En 1042, à sa mort, son fils, ‘Abbâd lui succède sous le nom de règne al-Mu’tadid bi-Ilâh.

Celui-là est un homme d’exception, tant par ses capacités hors du commun que par ses goûts étranges.

Il est beau, bien découplé. Les auteurs relèvent son port altier. Sa famille est d’origine arabe. Aussi, il sait ses classiques arabo-islamiques, versifie avec naturel, apprécie le vin et les plaisirs.

Il choisit ses concubines avec méthode dans toutes les catégories sociales. Hasard du coeur ou accord des tempéraments, sa favorite est d’origine aristocratique. Vigoureux, il a une quarantaine d’enfants.

C’est un généreux mécène et sa cour attire tout ce que l’époque compte de raffiné, de savant, de vif et de beau. Il accueille l’amant de Wallâda, l’exilé de Cordoue, Ibn Zaydûn, le fait ministre et lui confie l’enseignement de ses fils.

Guerrier remarquable, il étend le territoire de la taifa de Séville et conquiert tout le sud ouest de la péninsule, où il soutient les activités agricoles et marchandes. Il récompense ses hommes au mérite…

dessin de danseuse orientale dans un harem

…mais il est préférable d’être de son côté et de ne point le contrarier. Sinon, en plus de la mort, qui arrive vite, il réserve un traitement particulier aux dépouilles de ses contradicteurs. Il en suspend les têtes dans un de ses jardins. Fruits anthropomorphes qui ornent les plaisirs et les ébats qui se déroulent en ce lieu.

Et dans un coffre, rangées en fonction de leurs qualités, embaumées et parfumées, parfaitement identifiables, il garde celles de ses ennemis les plus puissants. La légende raconte qu’il aime à les regarder dans ses moments d’euphorie.

A la chute de Séville, la question se pose de savoir quoi faire de ces reliques fort bien conservées. Elles furent envoyées à leurs familles afin d’être inhumées.

CP : Mermyhh/Pixabay

Dans un contexte de droit du plus fort, une faction décide d’homicider Al-Mu’tadid. Le complot échoue. Sans rancune, ‘Abbâd invite les agités naïfs à Séville. Reçus avec chaleur et honneurs, restaurés, ils sont conviés au délassement sans pareil d’un hammam.

Tandis qu’ils se reposent, les entrées de la pièce sont murées. La chaleur augmente. Ils tentent sans succès de sortir. Ils meurent de suffocation. Et d’effroi sans doute…