Nombril

Crédit photo : Pierre Marcel

Il fut « umbilicus », puis « umbiliculus », transformé en  « lonblil », modifié en « nomblil » et devenu « nombril » en français, « navel » en anglais, « ombligo » en espagnol, « nabel » en allemand et « ombelico » en italien.

La censure hollywoodienne le bannit des écrans dans les années 30. Le bikini lui offre une visibilité, mais il faut attendre les années 70 pour qu’il acquiert une respectabilité…toute relative.

Cette cicatrice qui nous rattache au monde animal des mammifères placentaires est reliée aux parois latérales du petit bassin qui se trouve délimité par la cavité abdominale en haut, le périnée en bas et les hanches sur les côtés. Ce petit bassin est l’arche où se côtoient l’argile et les boues humaines : il abrite l’appareil reproducteur, l’appareil digestif et l’appareil urinaire.

Dans les monothéismes, cette contiguïté dans le bas ventre de l’homme de la vie et de la mort contrarie beaucoup. L’anatomie dément les dogmes selon lesquels l’espèce humaine serait une création particulière, plus proche du monde céleste que du règne animal.

Cette marque d’appartenance de l’humain à la nature, et particulièrement à sa manifestation femelle, est aussi une empreinte qui différencie chacun de nous. Tous les nombrils sont uniques. De telle sorte que cette signature personnelle symbolise à la fois notre lien avec l’indifférenciation des générations et des espèces et notre individualité issue de nos héritages et de nos aptitudes.

Le nombril est donc notre attache avec l’infiniment universel et l’infiniment intime.

Il n’est donc pas surprenant qu’il soit au cœur de la danse orientale qui célèbre les unions et les séparations nécessaires au cycle de la vie à travers les états de conscience de la danseuse.

Crédit photo : Sophia Sola

Mêlant confidences et évidences, la danse orientale est par sa nature la danse du nombril et la danse du ventre.

Cette appellation, qui fait dresser les cheveux sur la tête de la majorité des danseuses, date de la campagne d’Egypte napoléonienne. De ce fait, elle est considérée comme une manifestation d’inculture et de mépris.

Toutefois, les considérations intellectuelles sur la danse orientale conduisent à son incompréhension, voire à sa censure implicite. Car cette appellation prouve avant tout que les soldats de Napoléon, aussi brutaux furent-ils, ont saisi inconsciemment toute la force et la portée symbolique de cette danse.

Ils venaient d’une civilisation où le Féminin se résumait à la maternité d’une vierge, où le cordon ombilical était la seule relation dépourvue de ‘vice’ à la femme. Et voilà que s’incarnaient devant eux tous les contenus inconscients de leurs âmes où le Féminin est aussi l’amante, l’enchanteresse, la gardienne de savoirs femelles, la souffrance et la mort. Autant de facettes qui prenaient chair dans le ventre qui danse.

Leur intuition était dans le vrai : cet art est bien celui du ventre féminin. Et le nombril est son symbole.

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